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            Compte rendu :
 
 
 

Chili CUMBRE

 

 

Une année s’était envolée. Nous aussi. La nouvelle année nous trouva au sud de l’équateur, cette ligne imaginaire qui tourmente les imaginations débridées des voyageurs.   

  Nous en étions et la franchissions avec la satisfaction teintée d’une candeur due à toutes ces heures confinée dans l’appareil ; tandis que le monde continuait à tourner, nous avions tourné autour de lui.

 Ce voyage au Chili était l’occasion de nous confronter à la cordillère des Andes, colonne vespérale d’une Amérique latine fantasmée.

 Arrivée comme il faut, malgré toutes les interrogations restées sans réponses, nous retrouvâmes Maxence, illustration parfaite des nouvelles possibilités du voyage d’aujourd’hui.

 La préparation de notre premier objectif vite réglée, le départ ce samedi 4 janvier à Santiago du Chili, à 560 m d’altitude nous plongea dans le bain. Le chili avait cet aspect de pays occidentalisé mais retrouvant vite, dès lors que l’on s’écartait de ses avenues citadines, ses vieux démons qui font la marque de fabrique de l’Amérique du Sud. Et c’est dans un bus hors d’âge, bondé et brinquebalant sur une piste poussiéreuse, que le décor se planta à nos yeux curieux.

  L’ascension du Cerro Marmolejo, le 6000 le plus austral de la planète, n’est pas techniquement difficile. 

 Représentation parfaite d’un sommet de trek, il permet de s’assurer d’un haut sommet de ces hautes terres sud-américaines tout en s’acclimatant à son rythme. Le notre fût exemplaire. Dans ce qu’il ne faut pas faire.  

  Rejoignant le petit hameau terminus de la ligne de bus et annonciateur des efforts, la chaleur de ce mois de janvier aux antipodes de l’hiver européen nous prit très tôt. A 1800 m d’altitude, la marche forcée commença, vaste périple sur des pistes sinueuses, suivant des versants trop lointain les uns des autres.   

 L’amicale rencontre d’un groupe de jeunes des deux Amériques (nord et sud), qui nous offrirent l’hospitalité de leur pick-up, nous conduisit sur le droit chemin qui se termina ce soir-là au pied d’un bloc gigantesque, laissé là par un glacier n’en finissant plus de mourir, déjà loin maintenant. Le deuxième jour, allégés par un salutaire dépôt de notre matériel, un ascensionniste local nous aiguilla sur le trajet qui nous amena au camp 1. Le lendemain, une montée raide débuta la journée qui se finit au camp 2, aux environ de 4900 m. Premiers contacts avec la haute altitude pour certains d’entre nous, qui ponctuèrent la nuit de maux de tête. Cette rapide montée illustra bien le jour du sommet, où bien qu’insuffisamment acclimaté, nous le rejoignirent tous à 6110 m, après 1300 m de dénivelé. Un « 6000 » en poche, les esprits étaient apaisés durant la rapide descente, seulement accablés par le besoin vital de reprendre des forces.

  Après un repos bien méritée et désormais seuls Mathieu et moi, nous entreprirent le deuxième objectif de ce voyage. Le Tupungato. Dans l’ombre du proche Aconcagua, il était tout autant isolé qu’ignoré. Mais pas par nous.   Ayant reçu toutes les autorisations nécessaires avant le départ, le gardien de la centrale électrique que nous devions traverser nous laissa passer sans problème, ponctuant seulement notre passage d’un grand étonnement parce que nous devions rejoindre une mine de ciment  par une piste de près de 20 kilomètres. Ce fût chose faîte le soir même, notre trajet aidé sur une trop rare partie par un français, venu là pour pêcher. Le lendemain fût le jour fatidique. Manquant le chemin menant au pied du sommet, nous suivîmes le puissant Rio Colorado, qui roulaient ses eaux boueuses en contrebas, du mauvais côté. Après de dures et longues traversées à flanc de montagne, où je manquais de perdre mon épaule, nous étions obligés de rebrousser chemin ; il était impossible de traverser le Colorado. C’est survolés par les Condors et les vautours que nous avons posés notre camp, tout autant épuisé de la journée passée qu’en pensant à celle du lendemain, où nous devions repartir sur nos pas. Ce fût fait. Et enfin le soir nous étions allongé sur l’herbe grasse et agréable du Pan de Azucar. Après cela, la traversée du rio de Azufre, avec ses montées et descentes poussiéreuses, nous amena enfin sur le plateau au bout duquel l’on voyait le sommet.

  La fatigue et surtout le mauvais temps se faisaient sentir. Etablissant un camp au milieu des pénitents vers 5000 m d’altitude, l’on ne pouvait que renoncer au sommet du Tupungato. La mort dans l’âme mais revigorée par l’altitude à laquelle nous étions désormais acclimatés, nous parvenions au sommet du Tupungatito, volcan en activité atteignant 5640 m dont nous avions vu les fumerolles en contrebas.

 Un retour à la civilisation d’abord puis dans notre patrie ensuite, parsemée de rencontres salutaires et merveilleuses, nous réconforta après les vicissitudes d’un inattendu désastre.

 

                             Jerôme B.